
Au cœur de l’océan Atlantique, à mi-chemin entre l’Europe et l’Amérique, l’archipel des Açores émerge comme un sanctuaire naturel d’une beauté saisissante. Ces neuf îles volcaniques portugaises offrent un concentré de paysages extraordinaires où se mélangent cratères fumants, lacs aux couleurs changeantes, sources chaudes bouillonnantes et villages aux façades colorées. Refuge d’une biodiversité exceptionnelle et d’un patrimoine culturel préservé, les Açores séduisent par leur authenticité dans un monde de plus en plus uniformisé. Cette destination confidentielle révèle ses trésors à ceux qui savent prendre le temps de la découvrir, loin des sentiers battus du tourisme de masse.
Archipel volcanique des açores : géographie et formation géologique unique
L’archipel des Açores se compose de neuf îles principales réparties sur trois groupes distincts, s’étendant sur près de 600 kilomètres d’est en ouest. Le groupe oriental comprend São Miguel et Santa Maria, le groupe central rassemble Terceira, Graciosa, São Jorge, Pico et Faial, tandis que le groupe occidental se limite à Flores et Corvo. Cette répartition géographique influence considérablement la diversité des paysages et des microclimats que vous pourrez observer d’une île à l’autre.
Origine volcanique des neuf îles : são miguel, terceira et faial
La naissance de l’archipel remonte à plusieurs millions d’années, résultant d’une intense activité volcanique sous-marine. São Miguel, la plus grande île de l’archipel, illustre parfaitement cette origine avec ses nombreuses caldeiras et ses manifestations géothermiques encore actives aujourd’hui. L’île présente une structure complexe marquée par trois systèmes volcaniques principaux : Sete Cidades à l’ouest, Fogo au centre et Furnas à l’est. Cette configuration géologique unique explique la richesse des phénomènes naturels que vous pourrez y observer.
Terceira et Faial complètent ce trio d’îles emblématiques par leurs caractéristiques volcaniques distinctives. Terceira abrite l’Algar do Carvão, une cheminée volcanique accessible au public, tandis que Faial impressionne par sa caldeira parfaitement circulaire et le récent volcan de Capelinhos, né en 1957. Ces formations témoignent de la jeunesse géologique de l’archipel et de la persistance de son activité volcanique.
Point chaud atlantique et tectonique des plaques euro-américaines
Les Açores occupent une position géologique exceptionnelle au point de rencontre de trois plaques tectoniques majeures : eurasiatique, nord-américaine et africaine. Cette situation particulière génère une instabilité permanente du socle rocheux, source d’une activité sismique et volcanique constante. Le point chaud atlantique qui alimente cette région explique la formation successive des îles d’est en ouest, Santa Maria étant la plus ancienne avec 8,12 millions d’années.
Cette dynamique tectonique continue de façonner l’archipel, créant de nouveaux reliefs et modifiant constamment la topographie insulaire. Les dorsales océaniques qui traversent la région contribuent également à l’enrichissement des sols en minéraux volcaniques, favorisant une végétation luxuriante malgré l’isolement géographique de ces
îles. C’est cette alchimie entre feu intérieur et océan qui confère aux Açores leurs formes tourmentées, leurs falaises abruptes et leurs vallées encaissées. Pour le voyageur, cela signifie une succession de panoramas spectaculaires, souvent accessibles en peu de temps de route, mais aussi la nécessité de respecter un territoire encore géologiquement vivant.
Caldeiras actives : sete cidades, furnas et caldeira do faial
Parmi les paysages volcaniques les plus emblématiques des Açores, les grandes caldeiras occupent une place centrale. Sur São Miguel, la caldeira de Sete Cidades forme un vaste cratère de près de cinq kilomètres de diamètre, partiellement occupé par deux lacs jumeaux, l’un vert et l’autre bleu. Cette dépression est le résultat de l’effondrement d’un ancien volcan-bouclier, dont les parois couvertes de forêts et de pâturages dessinent aujourd’hui un amphithéâtre naturel impressionnant.
À l’est de la même île, la caldeira de Furnas illustre une autre facette de l’activité volcanique, plus diffuse mais toujours bien présente. Ici, les sources chaudes, fumerolles et solfatares témoignent d’un système hydrothermal actif, où l’eau s’infiltre en profondeur avant de ressortir chargée de minéraux et de chaleur. Sur l’île de Faial, la Caldeira do Faial occupe le centre de l’île sous la forme d’un cratère presque parfaitement circulaire d’environ deux kilomètres de diamètre, dont le fond verdoyant contraste fortement avec les parois abruptes. La randonnée sur son pourtour, lorsque les conditions météorologiques le permettent, offre une vue à 360° sur l’île et, par temps clair, sur les îles voisines du groupe central.
Ces caldeiras actives ou semi-actives ne sont pas de simples curiosités géologiques : elles structurent les réseaux hydrographiques, influencent les microclimats locaux et conditionnent en partie l’implantation humaine. Se promener sur leurs crêtes ou à leurs abords, c’est lire dans le paysage des siècles d’éruptions, d’effondrements et de recomposition de la croûte terrestre. Pour profiter pleinement de ces sites sans les dégrader, il est recommandé de suivre les sentiers balisés, de respecter les zones interdites d’accès et de se renseigner sur l’activité géothermique avant toute randonnée à proximité des fumerolles.
Microclimats océaniques subtropicaux et biodiversité endémique
Situées entre 37° et 40° de latitude nord, les Açores bénéficient d’un climat océanique subtropical fortement régulé par le Gulf Stream et l’anticyclone des Açores. Les températures moyennes oscillent généralement entre 14 °C en hiver et 24 °C en été, avec de faibles amplitudes thermiques saisonnières. Cependant, le relief accidenté et la proximité constante de l’océan créent une mosaïque de microclimats : brume dense sur les hauteurs, soleil franc sur les côtes, pluies orographiques sur les versants exposés au vent dominant.
Ce gradient altitudinal et climatique, combiné à la richesse des sols volcaniques, a permis le développement d’une biodiversité endémique remarquable. Les laurisilves, forêts relictuelles de la période tertiaire, abritent des espèces végétales comme le Laurus azorica ou la Juniperus brevifolia, absentes du reste de l’Europe continentale. Côté faune, si les grands mammifères terrestres font défaut, l’archipel constitue un hotspot pour les oiseaux marins et migrateurs, ainsi qu’une zone de reproduction importante pour de nombreuses espèces de cétacés.
Pour l’observateur attentif, chaque île révèle sa propre signature écologique : prairies verdoyantes ponctuées d’hortensias à São Miguel, vignes protégées par des murets de basalte à Pico, falaises couvertes de fougères arborescentes à Flores. Afin de préserver cette richesse, une part significative du territoire est classée en zones protégées, parcs naturels ou réserves de biosphère (comme Flores et Corvo reconnues par l’Unesco). Lors de votre séjour, pensez à privilégier les prestataires engagés dans une démarche d’écotourisme et à limiter votre impact : rester sur les sentiers, ne pas prélever de plantes et éviter de déranger la faune locale.
São miguel : joyau thermal et paysages volcaniques emblématiques
Souvent qualifiée d’« île verte », São Miguel concentre à elle seule une grande partie des paysages emblématiques que l’on associe aux Açores. Volcans effondrés, lacs de cratère, vallées fumantes et plantations subtropicales s’y succèdent sur un territoire relativement compact de 746 km². C’est généralement par Ponta Delgada, sa capitale, que les voyageurs débutent leur découverte de l’archipel, avant de rayonner vers les principaux sites naturels, tous accessibles en une à deux heures de route au maximum.
Lagoa das sete cidades : cratère jumelé aux eaux colorées
Impossible de visiter São Miguel sans s’arrêter au Lagoa das Sete Cidades, véritable carte postale des Açores. Nichés au cœur d’une vaste caldeira, deux lacs se font face, reliés par un étroit chenal : le Lagoa Azul, aux reflets bleutés, et le Lagoa Verde, dont la surface tend vers l’émeraude selon la lumière. Cette différence de couleur, longtemps attribuée à une légende romantique, s’explique en réalité par la profondeur, la concentration en algues et l’orientation de chaque bassin par rapport au soleil.
Pour bénéficier du panorama le plus spectaculaire, dirigez-vous vers le Miradouro da Vista do Rei, accessible par la route depuis Ponta Delgada. De là, vous embrassez d’un coup d’œil l’ensemble de la caldeira, les lacs et le village de Sete Cidades, blotti sur les rives du Lagoa Azul. Un autre point de vue très populaire, le Miradouro da Boca do Inferno, se rejoint après une courte marche à travers une forêt de cryptomérias et de fougères. Par temps dégagé, la vue sur les lacs, l’océan et les reliefs avoisinants est tout simplement saisissante.
Si vous disposez de plus de temps, plusieurs sentiers balisés permettent de longer la crête du cratère ou de descendre jusqu’aux rives des lacs. Prévoyez de bonnes chaussures, des vêtements adaptés aux variations rapides de météo et, idéalement, un départ matinal pour éviter la brume qui tend à s’accrocher aux hauteurs en fin de journée. En contrebas, la route qui ceinture les lacs offre également de beaux points de vue et permet de mesurer l’échelle monumentale de cette structure volcanique.
Vallée de furnas : fumerolles, sources chaudes et cozido das furnas
À l’est de São Miguel, la vallée de Furnas constitue l’une des manifestations les plus évidentes de l’activité géothermique actuelle des Açores. En vous rapprochant du village, une odeur caractéristique de soufre et des panaches de vapeur blanche s’élèvent du sol : ce sont les caldeiras, zones où l’eau s’échappe à haute température à travers des évents naturels. Certaines sources dépassent 90 °C, créant un paysage quasi lunaire au milieu d’une végétation pourtant luxuriante.
Ce potentiel géothermique est utilisé de manière ingénieuse dans la gastronomie locale. Le célèbre cozido das Furnas, un ragoût de viandes et de légumes, est cuit lentement dans des marmites enfouies dans le sol chaud à proximité du lac de Furnas. Les restaurateurs viennent déposer leurs casseroles en fin de matinée et les récupèrent plusieurs heures plus tard, lorsque la chaleur de la terre a fait son œuvre. Vous pouvez assister à ce rituel quotidien sur le site des caldeiras au bord du lac, puis déguster le plat dans l’un des restaurants du village.
Furnas est également réputée pour ses établissements thermaux, comme le Parque Terra Nostra ou Poça da Dona Beija, où des bassins de plein air alimentés en eau ferrugineuse chaude invitent à la détente. L’expérience est particulièrement agréable en fin de journée après une randonnée dans la région. Pensez à emporter un maillot de bain foncé, car la forte teneur en fer de l’eau peut tacher irrémédiablement les tissus clairs, et à réserver vos créneaux en haute saison pour éviter une trop forte affluence.
Lagoa do fogo : réserve naturelle et écosystème lacustre protégé
Perché à environ 575 mètres d’altitude, le Lagoa do Fogo (lac de feu) est sans doute le site le plus sauvage de São Miguel. Inscrit au sein d’une réserve naturelle depuis 1974, ce lac de cratère d’un bleu profond occupe une cuvette largement préservée des constructions humaines. Ses rives, accessibles uniquement à pied, abritent une flore endémique fragile, composée de bruyères, de lauriers et de mousses qui colonisent les pentes abruptes.
La plupart des visiteurs se contentent des points de vue situés le long de la route de montagne, comme le Miradouro do Pico da Barrosa, qui offre un panorama dégagé sur le lac lorsque les nuages consentent à se lever. Pour descendre jusqu’aux berges, un sentier balisé part de l’un des parkings proches du col et serpente à flanc de montagne pendant environ 45 minutes. La pente est soutenue et peut devenir glissante par temps humide, d’où l’importance de prévoir des chaussures adaptées et de vérifier les conditions météorologiques avant de s’engager.
La baignade est possible par endroits mais strictement encadrée afin de limiter l’impact sur cet écosystème lacustre protégé. Il est par exemple interdit d’y pratiquer des activités nautiques motorisées ou de laisser des déchets, même biodégradables. Si vous recherchez une randonnée emblématique pour découvrir les Açores autrement que depuis les routes, l’ascension et la descente du Lagoa do Fogo figurent parmi les itinéraires incontournables de l’île.
Plantations de thé gorreana : agriculture subtropicale européenne
À l’inverse des paysages de cratères et de caldeiras, la côte nord de São Miguel surprend par la présence de vastes plantations de thé ondulant jusqu’à l’horizon. Le domaine de Gorreana, fondé en 1883, est la plus ancienne et la plus célèbre exploitation de thé en activité en Europe. Protégés des vents dominants par les reliefs intérieurs et baignés par un climat humide et tempéré, les théiers s’y épanouissent sur des terrasses soigneusement entretenues, offrant un paysage unique sur le continent européen.
La visite de la fabrique, généralement gratuite, permet de comprendre les différentes étapes de transformation des feuilles en thé noir ou vert : flétrissage, roulage, oxydation, séchage. Les machines, parfois centenaires, fonctionnent encore pour certaines, offrant un véritable voyage dans le temps. Des sentiers balisés invitent ensuite à se promener parmi les rangées de théiers, avec en toile de fond l’océan Atlantique, avant de terminer la visite par une dégustation des différents crus produits sur place.
Au-delà de l’aspect touristique, les plantations de thé de Gorreana illustrent la capacité d’adaptation de l’agriculture açorienne à des conditions climatiques particulières. Elles témoignent aussi d’une volonté de valoriser des cultures à haute valeur ajoutée, complémentaires de l’élevage laitier très présent sur l’archipel. Si vous souhaitez ramener un souvenir gustatif de votre voyage aux Açores, un paquet de thé de São Miguel constitue un choix à la fois authentique et durable.
Terceira et patrimoine UNESCO : architecture luso-açorienne
Située au cœur du groupe central, Terceira combine paysages volcaniques et héritage historique remarquablement préservé. Longtemps escale stratégique sur les routes maritimes entre l’Europe, l’Afrique et les Amériques, l’île a développé une architecture et un urbanisme typiques de l’époque des grandes découvertes portugaises. Aujourd’hui, elle attire autant pour ses villages traditionnels et son atmosphère festive que pour ses curiosités géologiques uniques.
Angra do heroísmo : centre historique classé et urbanisme colonial
Capitale historique des Açores, Angra do Heroísmo est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1983. La ville doit ce statut à son plan urbain Renaissance, soigneusement ordonné autour d’un port abrité, ainsi qu’à la remarquable conservation de ses bâtiments civils, religieux et militaires. En flânant dans ses rues pavées, vous découvrirez un ensemble homogène de façades blanches soulignées de pierre basaltique noire, agrémentées de balcons en fer forgé et d’azulejos colorés.
Parmi les édifices les plus notables, citons la Sé Catedral, vaste cathédrale du XVIe siècle, le Palácio dos Capitães-Generais, ancienne résidence des gouverneurs de l’archipel, ou encore le fort de São João Baptista, puissant ouvrage défensif érigé sur le Monte Brasil pour protéger la baie. Ce dernier offre par ailleurs un belvédère naturel sur la ville et l’océan, accessible à pied ou en voiture. La visite d’Angra permet de mieux comprendre le rôle central joué par les Açores dans le réseau maritime portugais à l’époque moderne, mais aussi la résilience de ses habitants, la ville ayant été en grande partie reconstruite après un important séisme en 1980.
Pour apprécier pleinement l’ambiance d’Angra do Heroísmo, prévoyez au moins une journée entière. Outre les monuments, prenez le temps de découvrir les jardins publics, les petits cafés traditionnels et le marché municipal, où les produits de la mer côtoient les fromages et charcuteries locaux. Si vous le pouvez, programmer votre visite lors d’une fête religieuse ou d’un festival permet d’assister aux processions et aux manifestations culturelles qui rythment la vie de l’île.
Algar do carvão : tube volcanique et spéléologie souterraine
Au centre de Terceira, l’Algar do Carvão offre l’une des expériences volcaniques les plus singulières des Açores. Il s’agit d’une ancienne cheminée magmatique partiellement vidée, dans laquelle il est possible de descendre à pied sur près de 90 mètres de profondeur. Dès l’entrée, la lumière naturelle filtre par l’orifice supérieur et éclaire des parois recouvertes de mousses, de fougères et de petites stalactites de silice formées par la circulation des eaux riches en minéraux.
Au fur et à mesure de la descente par un escalier aménagé, la température baisse légèrement et l’atmosphère devient plus humide, accentuant l’impression de pénétrer dans les entrailles de la Terre. Au fond de la cavité, un petit lac saisonnier se forme en période de pluies, reflétant les parois sombres et la végétation accrochée aux roches. Des panneaux explicatifs jalonnent le parcours et détaillent la genèse de ce site unique, résultant d’une éruption survenue il y a plus de 3 000 ans.
L’accès à l’Algar do Carvão est réglementé et payant, avec des horaires variables selon les saisons. Il est conseillé de porter des chaussures fermées et d’emporter une veste légère, la température intérieure étant généralement inférieure à celle de la surface. Pour les amateurs de géologie et de spéléologie douce, cette visite complète parfaitement la découverte des paysages de surface de Terceira et permet de comprendre concrètement la structure interne des volcans açoriens.
Biscoitos : piscines naturelles basaltiques et viticulture sur lave
Sur la côte nord de Terceira, le village de Biscoitos illustre de manière exemplaire la manière dont les habitants ont su tirer parti des reliefs volcaniques pour leurs activités quotidiennes. Ici, de spectaculaires coulées de lave noire ont été sculptées par l’océan en une succession de bassins naturels, aujourd’hui aménagés en zone de baignade. Les piscinas naturais de Biscoitos offrent ainsi une alternative sûre à la haute houle de l’Atlantique, tout en conservant un caractère authentique et minéral.
À quelques centaines de mètres à l’intérieur des terres, les vignobles de Biscoitos se déploient sur de petites parcelles entourées de murets de basalte, destinés à protéger les ceps des embruns salés et des vents dominants. Ce système de currais, similaire à celui observé sur l’île de Pico, permet de cultiver des cépages adaptés à ces conditions extrêmes et de produire des vins au caractère marqué, souvent fortifiés. Un musée viticole local retrace l’histoire de cette culture et propose des dégustations pour mieux appréhender les spécificités des vins de lave.
En combinant baignade dans les piscines naturelles, promenade dans les vignobles et visite des caves, Biscoitos constitue une étape idéale pour ceux qui souhaitent alterner découvertes géologiques, plaisirs balnéaires et expériences œnologiques. Comme toujours aux Açores, il est recommandé de vérifier les conditions de mer avant de se baigner et de respecter les consignes de sécurité affichées sur place.
Faial, pico et triangle atlantique : randonnées et observation cétacés
Au cœur du groupe central, les îles de Faial, Pico et São Jorge forment ce que l’on appelle communément le triangle des Açores. Reliées entre elles par des liaisons maritimes régulières, elles offrent une remarquable complémentarité de paysages et d’activités. Faial séduit par son volcanisme spectaculaire et son port cosmopolite, Pico impressionne par son sommet emblématique, le plus haut du Portugal, tandis que São Jorge attire les randonneurs avec ses falaises abruptes et ses fajãs, petites plaines côtières nées de glissements de terrain ou de coulées de lave.
Sur Faial, la Caldeira centrale et le volcan de Capelinhos sont les deux sites majeurs liés au feu intérieur de l’île. La Caldeira, vaste cratère circulaire planté de végétation, offre une superbe randonnée sur son rebord, avec des vues plongeantes sur le fond du cratère et, par temps clair, sur les îles voisines. À l’extrémité ouest, Capelinhos raconte quant à lui l’histoire d’une éruption récente, survenue entre 1957 et 1958, qui a agrandi la surface de l’île en créant un paysage de cendres et de scories évoquant une planète lointaine. Un centre d’interprétation moderne, partiellement enfoui, retrace en détail cet épisode et son impact sur la population locale.
À quelques milles nautiques de là, l’île de Pico est dominée par le Mont Pico, stratovolcan massif culminant à 2 351 mètres. Son ascension, réservée aux randonneurs en bonne condition physique, nécessite généralement entre sept et huit heures aller-retour. Elle se fait obligatoirement à partir de la Casa da Montanha, point de contrôle où sont délivrés les permis et enregistrés les départs pour des raisons de sécurité et de préservation. Depuis le sommet, lorsque les nuages le permettent, la vue embrasse l’ensemble du triangle des Açores et, au-delà, l’immensité de l’Atlantique.
Les pentes inférieures de Pico sont quant à elles couvertes de vignobles en currais, protégés par de bas murets de pierres sèches noirs. Ce paysage culturel unique est classé au patrimoine mondial de l’Unesco et peut être exploré à pied ou à vélo, en suivant des sentiers balisés entre les villages de Lajido, Santa Luzia et Candelária. Des caves et coopératives viticoles proposent des dégustations de vins blancs minéraux et de liqueurs élaborées à partir de cépages autochtones.
Le triangle Faial–Pico–São Jorge constitue également l’un des meilleurs secteurs au monde pour l’observation des cétacés. Depuis les ports de Horta, Madalena ou Lajes do Pico, des sorties en mer encadrées par des biologistes marins permettent d’approcher, dans le respect des normes internationales, des espèces résidentes comme le cachalot, ainsi que de grandes baleines migratrices entre mars et juin. Les anciennes vigies de chasse à la baleine, reconverties en postes d’observation, servent aujourd’hui à repérer les animaux au large et à guider les bateaux d’excursion.
Flores et corvo : isolement occidental et écotourisme ornithologique
Plus à l’ouest, à plus de 200 kilomètres du groupe central, les îles de Flores et Corvo forment le groupe occidental des Açores. Leur éloignement relatif, combiné à des liaisons maritimes et aériennes moins fréquentes, en fait des destinations particulièrement prisées des voyageurs en quête de tranquillité et de nature brute. Ici, l’empreinte humaine se fait plus discrète, laissant la place à des paysages où l’eau et la végétation dominent.
Flores, souvent surnommée « l’île aux fleurs », se distingue par son relief découpé, ses falaises vertigineuses et ses innombrables cascades qui dévalent les parois jusque dans l’océan. L’intérieur de l’île est ponctué de lacs de cratère, les Sete Lagoas, accessibles via des routes panoramiques et des sentiers de randonnée. Sur la côte ouest, le village de Fajã Grande est considéré comme le point habité le plus occidental d’Europe, et constitue un excellent point de départ pour explorer les chutes spectaculaires de Poço do Bacalhau ou de Ribeira Grande.
Corvo, quant à elle, est la plus petite et la moins peuplée des îles de l’archipel, avec un unique village, Vila do Corvo, et un volcan central, le Caldeirão, occupant la majeure partie de sa surface. Une route sinueuse mène du village jusqu’au rebord du cratère, d’où l’on découvre une vaste dépression occupée par un lac et des îlots qui évoquent, en miniature, la carte des Açores. Les pentes herbeuses du Caldeirão, souvent enveloppées de brume, créent une atmosphère presque irréelle, idéale pour ceux qui souhaitent se sentir au bout du monde.
Les deux îles sont également reconnues comme des sites d’importance pour l’ornithologie, en particulier pour l’observation des oiseaux marins et des migrateurs de passage entre l’Europe et l’Amérique. Des colonies de puffins cendrés, de sternes et de pétrels nichent sur les falaises, tandis que des espèces rares peuvent être observées lors des périodes de migration. Pour limiter les perturbations, des règles strictes encadrent l’accès à certaines zones sensibles, et il est recommandé de faire appel à des guides locaux spécialisés si vous souhaitez vous adonner à l’observation des oiseaux dans les meilleures conditions.
Activités géothermales et thermalisme thérapeutique açorien
Au-delà des paysages spectaculaires, les Açores se distinguent par l’abondance et la diversité de leurs manifestations géothermales. Sources chaudes, bains ferrugineux, fumerolles et geysers miniatures jalonnent plusieurs îles, offrant autant d’opportunités de détente que de découvertes scientifiques. Pour les habitants, ces ressources naturelles ont longtemps constitué un complément précieux aux pratiques médicales traditionnelles, en particulier pour le traitement des affections rhumatismales et dermatologiques.
Sur São Miguel, les sites thermaux les plus connus se concentrent autour de Furnas, avec le bassin orangé du Parque Terra Nostra et les bassins aménagés de Poça da Dona Beija. Dans le premier, un vaste bassin entouré d’un jardin botanique foisonnant accueille les baigneurs dans une eau à environ 37–39 °C, chargée en fer et autres minéraux. Dans le second, une série de petites piscines alimentées par une rivière chaude permet de choisir la température la plus agréable et de profiter d’un cadre plus intime. Plus au nord, le site de Caldeira Velha, au pied du massif du Fogo, offre une expérience différente, avec une cascade thermale se jetant dans un bassin naturel niché au milieu d’une végétation tropicale.
D’autres îles disposent également de points d’eau chaude, parfois directement en bord de mer. C’est le cas de Ponta da Ferraria, à l’ouest de São Miguel, où une source chaude sous-marine se mélange à l’eau de l’océan au gré des marées. Lorsque les conditions sont favorables, une piscine naturelle délimitée par des rochers permet de se baigner dans une eau dont la température peut dépasser 30 °C, tout en ressentant la force des vagues atlantiques. Sur Pico et Graciosa, des sources plus discrètes, parfois moins aménagées, témoignent elles aussi de la circulation de l’eau chaude dans les profondeurs volcaniques.
Si vous envisagez de profiter des bains thermaux açoriens dans une optique de bien-être ou de santé, quelques précautions s’imposent. Il est conseillé de limiter la durée des immersions, surtout dans les eaux très chaudes, et de bien s’hydrater avant et après. Les personnes souffrant de problèmes cardiovasculaires devraient demander l’avis de leur médecin avant de fréquenter ces bains. Sur place, respectez toujours les consignes indiquées par les gestionnaires des sites : certains bassins peuvent être temporairement fermés en raison d’une activité géothermique accrue ou de travaux de maintenance.
En combinant randonnées, observation de la faune, découvertes culturelles et pauses thermales, un séjour aux Açores permet ainsi d’explorer de manière concrète le lien intime qui unit l’archipel à son substrat volcanique. Cette relation, parfois tumultueuse, a façonné des paysages d’une rare intensité, mais elle offre aussi aux visiteurs des expériences sensorielles uniques, entre chaleur des eaux, fraîcheur des brumes océaniques et parfum des forêts subtropicales.