L’exploration des destinations situées en haute altitude fascine chaque année des millions de voyageurs en quête d’expériences uniques et de paysages à couper le souffle. Que ce soit pour découvrir les sommets enneigés de l’Himalaya, parcourir l’Altiplano bolivien ou explorer les cités incas du Pérou, ces destinations offrent des expériences inoubliables. Pourtant, l’altitude représente un défi physiologique majeur que le corps humain ne peut ignorer. La raréfaction de l’oxygène, la pression atmosphérique réduite et les conditions climatiques extrêmes imposent une préparation rigoureuse. Chaque année, des milliers de voyageurs sous-estiment ces contraintes et se retrouvent confrontés à des complications médicales qui auraient pu être évitées. Comprendre les mécanismes d’acclimatation, identifier les symptômes d’alerte et adopter les bonnes pratiques constituent des connaissances essentielles pour transformer votre aventure en altitude en une expérience enrichissante et sécurisée.
Comprendre le mal aigu des montagnes (MAM) et ses manifestations physiologiques
Le mal aigu des montagnes constitue la pathologie la plus courante rencontrée lors d’une ascension rapide en haute altitude. Cette affection résulte directement de l’hypoxie hypobarique, c’est-à-dire la diminution de la pression partielle d’oxygène dans l’air respiré. Contrairement à une idée répandue, le pourcentage d’oxygène dans l’atmosphère reste constant à 21% quelle que soit l’altitude. C’est la pression atmosphérique qui diminue progressivement avec l’élévation, réduisant ainsi la quantité absolue de molécules d’oxygène disponibles pour chaque inspiration. À 3500 mètres d’altitude, la pression atmosphérique chute d’environ 35% par rapport au niveau de la mer, obligeant l’organisme à s’adapter pour maintenir une oxygénation tissulaire adéquate.
Les statistiques révèlent l’ampleur du phénomène : environ 15% des personnes développent des symptômes du MAM dès 2500 mètres d’altitude, ce taux grimpe à 60% à 4000 mètres et atteint pratiquement 100% au-delà de 5000 mètres. Cette pathologie ne fait aucune distinction entre les individus : condition physique excellente, jeunesse ou expérience sportive ne protègent nullement contre le MAM. Un athlète de haut niveau peut souffrir intensément tandis qu’une personne sédentaire s’acclimate sans difficulté. Cette variabilité individuelle s’explique par des facteurs génétiques encore mal compris qui déterminent la capacité de chaque organisme à répondre au stress hypoxique.
Symptômes précoces de l’hypoxie hypobarique : céphalées et nausées
Les premières manifestations du mal des montagnes apparaissent généralement entre 6 et 24 heures après l’arrivée à une nouvelle altitude. Le symptôme cardinal demeure la céphalée, un mal de tête persistant qui ne répond pas ou peu aux antalgiques classiques. Cette douleur résulte de la vasodilatation cérébrale compensatrice face au manque d’oxygène. S’ajoutent fréquemment des nausées, parfois accompagnées de vomissements, une perte d’appétit marquée et une fatigue disproportionnée par rapport à l’effort fourni. Les troubles du sommeil constituent également un indicateur précoce : insomnie, réveils nocturnes fréquents et respiration périodique de Cheyne-Stokes perturb
ait parfois la qualité du repos. Vous pouvez également ressentir un essoufflement inhabituel à l’effort, une sensation d’oppression thoracique légère ou un malaise général difficile à décrire. Dans la majorité des cas, ces symptômes du mal aigu des montagnes restent bénins et régressent spontanément en un à deux jours si l’ascension est interrompue, que vous vous reposez et que vous hydratez correctement. En revanche, une aggravation rapide, l’apparition de vomissements répétés ou une incapacité à marcher en ligne droite doivent être considérées comme des signaux d’alerte imposant une redescente immédiate.
Œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) : signes d’alerte vitaux
L’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA) représente une complication grave mais rare du séjour en altitude. Il survient généralement après plusieurs heures à quelques jours au-dessus de 3000 à 4000 mètres, souvent chez des sujets ayant poursuivi l’ascension malgré un mal aigu des montagnes marqué. Concrètement, les capillaires des poumons laissent fuir du plasma dans les alvéoles, ce qui altère fortement les échanges gazeux. Le résultat ? Le sang s’oxygène de moins en moins, malgré un effort respiratoire de plus en plus important.
Les signes d’alerte de l’OPHA sont très caractéristiques : essoufflement au repos, tachycardie, toux sèche puis productive, parfois avec des crachats rosés, sensation de noyade interne et grande anxiété. La personne ne parvient plus à marcher quelques mètres sans s’arrêter, même sur du plat. Les lèvres peuvent devenir bleutées (cyanose), témoignant d’une oxygénation insuffisante. Dans cette situation, il ne s’agit plus de « voir si ça va passer » : l’OPHA constitue une urgence vitale nécessitant une descente rapide d’au moins 500 à 1000 mètres, de l’oxygène si disponible et une prise en charge médicale sans délai.
Œdème cérébral de haute altitude (OCHA) : complications neurologiques graves
L’œdème cérébral de haute altitude (OCHA) est l’autre grande complication redoutée de l’altitude. Encore plus rare que l’OPHA, il n’en est pas moins extrêmement dangereux. Sous l’effet de l’hypoxie, la perméabilité des vaisseaux cérébraux augmente et du liquide s’accumule dans le tissu cérébral. Comme le crâne est une boîte rigide, cette augmentation de volume provoque une augmentation de la pression intracrânienne, à l’origine de symptômes neurologiques parfois spectaculaires.
L’OCHA se manifeste typiquement par un mal de tête intense et continu, résistant aux antalgiques, associé à des nausées et vomissements incoercibles. Rapidement, apparaissent des troubles de la marche (démarche titubante comme une personne ivre), une difficulté à articuler, une confusion, voire des hallucinations. Dans les formes sévères, la personne devient somnolente, désorientée puis peut sombrer dans le coma. Tout OCHA suspecté impose une descente immédiate de plusieurs centaines de mètres, l’administration d’oxygène et, si possible, de dexaméthasone. Rester en altitude ou poursuivre l’ascension dans ce contexte met clairement la vie en danger.
Seuils d’altitude critiques : 2500m, 3500m et 5000m
Pour mieux anticiper les risques, il est utile de retenir quelques seuils d’altitude critiques. Autour de 2500 mètres, le mal aigu des montagnes peut déjà apparaître chez environ 15 à 25% des personnes après une montée rapide. C’est souvent le cas des voyageurs qui atterrissent directement dans des villes comme Cusco ou Quito sans palier intermédiaire. À ce stade, les symptômes restent habituellement modérés, mais ils indiquent que votre organisme commence à être mis à l’épreuve.
Au-delà de 3500 mètres, le risque et l’intensité des symptômes augmentent nettement, en particulier si vous dépassez trop vite les paliers de dénivelé recommandés. La proportion de voyageurs présentant un MAM significatif se rapproche alors de 50%, surtout en l’absence de jours d’acclimatation. Enfin, au-dessus de 5000 mètres, quasiment tout le monde ressent des effets de l’altitude, même après une bonne préparation. On entre dans une zone où le corps ne peut pas s’installer durablement : il « survit » grâce à des mécanismes d’adaptation temporaires, mais ne peut pas y vivre de manière prolongée. Pour tout projet de trek ou de sommet au-delà de ce seuil, une stratégie d’acclimatation rigoureuse devient indispensable.
Acclimatation progressive et paliers d’ascension recommandés
Protocole de montée graduelle : règle des 300-500 mètres par jour
La règle d’or pour limiter le risque de mal aigu des montagnes reste la montée progressive. À partir de 3000 mètres, il est généralement recommandé de ne pas augmenter son altitude de couchage de plus de 300 à 500 mètres par jour. Cela signifie concrètement qu’entre deux nuits consécutives, la différence d’altitude du lieu où vous dormez ne devrait pas excéder ce seuil. Vous pouvez ponctuellement monter plus haut en journée, mais il est essentiel de redescendre dormir plus bas pour laisser à votre corps le temps de s’ajuster.
Ce protocole de montée graduelle permet à l’organisme d’activer progressivement ses mécanismes d’adaptation : augmentation de la fréquence respiratoire, production renforcée d’érythropoïétine (EPO), fabrication de globules rouges supplémentaires, modifications de la ventilation nocturne, etc. En pratique, cela implique de programmer son itinéraire avec soin, en évitant les journées où vous cumulez gros dénivelé et sommeil à une altitude nouvelle trop élevée. Vous partez pour un trek au Népal ou en Bolivie ? Prenez le temps d’analyser les profils altimétriques et n’hésitez pas à insérer des jours « courts » ou de repos pour respecter cette règle des 300 à 500 mètres.
Nuits d’adaptation stratégiques à cusco (3400m) et la paz (3640m)
Certaines grandes villes situées en haute altitude constituent d’excellents points d’acclimatation, à condition de les aborder avec prudence. Cusco (environ 3400 mètres) et La Paz (environ 3640 mètres) sont des exemples emblématiques : des milliers de voyageurs y atterrissent chaque année directement depuis le niveau de la mer. Le choc peut être important, car vous franchissez en quelques heures des paliers que votre organisme aurait préféré escalader en plusieurs jours.
Pour limiter le risque de mal des montagnes à Cusco ou La Paz, il est recommandé d’y passer au minimum deux à trois nuits avant de réaliser des excursions plus hautes (vallée Sacrée, lac Titicaca, Altiplano, etc.). Les premiers jours, privilégiez une activité physique modérée : visites à pied à allure tranquille, pauses fréquentes, hydratation abondante, repas légers. Évitez l’alcool, les efforts intenses et les nuits trop courtes qui majorent la fatigue. Vous vous demandez si vous êtes prêt pour une randonnée à 4000 mètres après un vol Paris–La Paz ? La réponse est simple : écoutez vos signaux corporels et n’hésitez pas à décaler d’un jour si les symptômes de MAM sont présents.
Technique du « climb high, sleep low » pour optimiser l’érythropoïèse
Les alpinistes et trekkeurs expérimentés utilisent souvent la stratégie dite « climb high, sleep low » (monter haut, dormir bas). Le principe est intuitif : exposer votre corps à une altitude plus élevée en journée pour stimuler les mécanismes d’adaptation, puis redescendre dormir un peu plus bas pour favoriser la récupération. Cette alternance permet d’optimiser l’érythropoïèse (production de globules rouges) sans accumuler un stress hypoxique excessif pendant le sommeil, moment où l’organisme est le plus vulnérable.
Concrètement, sur un trek d’acclimatation, vous pouvez par exemple partir d’un camp situé à 3500 mètres, monter en randonnée jusqu’à 4000 ou 4200 mètres, y rester quelques heures, puis redescendre passer la nuit à 3500 mètres. Répéter ce schéma sur plusieurs jours accélère l’adaptation hématologique et ventilatoire. Cette technique ne remplace pas la règle des 300 à 500 mètres de gain d’altitude de couchage par jour, mais elle la complète en permettant de « tester » des altitudes supérieures sans y rester trop longtemps. C’est un peu comme apprendre à nager dans le grand bain en gardant la possibilité de revenir rapidement au bord.
Durée minimale d’acclimatation avant l’everest base camp (5364m)
Le trek vers l’Everest Base Camp (5364 mètres) illustre parfaitement l’importance d’un planning d’acclimatation strict. Depuis Lukla (environ 2840 mètres), les itinéraires classiques prévoient généralement 10 à 14 jours pour atteindre le camp de base, avec plusieurs journées d’acclimatation intermédiaires, notamment autour de Namche Bazaar (3400 mètres) et Dingboche ou Pheriche (environ 4300 à 4400 mètres). Raccourcir ce délai est tentant pour gagner du temps de vacances, mais c’est aussi le meilleur moyen de multiplier le risque de MAM sévère, voire d’OPHA ou d’OCHA.
On considère qu’une durée minimale raisonnable d’acclimatation, pour un trekkeur venant du niveau de la mer, se situe autour de 8 à 10 jours entre 3000 et 5400 mètres avant d’atteindre l’Everest Base Camp. Cela inclut au moins deux journées « supplémentaires » sans changement d’altitude de couchage significatif, dédiées à l’acclimatation (randonnée en étoile, repos actif). Vous préparez ce trek mythique ? Intégrez dès la conception de votre voyage cette nécessité temporelle : aucun niveau de forme physique ne permet de compenser une montée trop rapide à plus de 5000 mètres.
Destinations en haute altitude et spécificités géographiques
Altiplano bolivien et lac titicaca (3812m) : défis respiratoires
L’Altiplano bolivien et le lac Titicaca figurent parmi les destinations emblématiques pour les séjours en haute altitude. Situé à environ 3812 mètres, le Titicaca impose d’emblée une pression partielle en oxygène nettement réduite par rapport au niveau de la mer. Résultat : même une marche tranquille sur les rives du lac peut vous laisser essoufflé, surtout lors des premiers jours. De nombreux voyageurs décrivent une fatigue inhabituelle, une baisse de performance et des maux de tête en fin de journée.
Les excursions vers l’Isla del Sol ou les villages de l’Altiplano nécessitent donc une approche progressive. Idéalement, on recommande de passer quelques nuits à une altitude légèrement inférieure (par exemple à La Paz ou dans la vallée de la rivière Choqueyapu) avant de rester plusieurs jours sur l’Altiplano. De plus, le climat sec et la forte exposition aux UV accentuent la déshydratation et la fatigue. Une bonne hydratation, une protection solaire rigoureuse et un rythme de visite modéré sont vos meilleurs alliés pour profiter sereinement de ces panoramas exceptionnels.
Lhassa au tibet (3650m) : accès régulé et contraintes sanitaires
Lhassa, capitale historique du Tibet perchée à environ 3650 mètres, cumule deux particularités : une altitude déjà significative et un accès fortement régulé. La plupart des voyageurs y arrivent par avion, ce qui implique un passage brutal de quelques centaines de mètres à plus de 3500 mètres en moins de deux heures. Le risque de mal aigu des montagnes est donc loin d’être théorique. Les autorités et les agences locales prévoient généralement un ou deux jours d’adaptation relativement calme à l’arrivée, avant toute excursion vers des altitudes supérieures (monastères, cols, camp de base de l’Everest côté tibétain).
Les contraintes sanitaires et administratives imposent aussi de bien anticiper votre séjour : obtention de permis spécifiques, encadrement obligatoire, parfois accès restreint à certaines structures de soins selon les périodes. Il est vivement conseillé de consulter un médecin avant le départ, surtout en cas d’antécédents cardiaques ou respiratoires, et de disposer d’une assurance voyage couvrant l’altitude et une éventuelle évacuation médicale. À Lhassa comme ailleurs, l’écoute de vos sensations reste déterminante : si les céphalées ou l’essoufflement s’intensifient, il ne faut pas hésiter à adapter le programme.
Quito en équateur (2850m) : adaptation urbaine en altitude modérée
Avec ses 2850 mètres d’altitude, Quito offre une introduction plus douce à la vie en altitude comparativement aux villes situées au-delà de 3500 mètres. Beaucoup de voyageurs n’y ressentent qu’une légère gêne respiratoire ou une fatigue accrue lors des montées d’escaliers ou des promenades en pente. Cela ne signifie pas pour autant que le mal des montagnes est impossible : en cas d’arrivée directe depuis le niveau de la mer, certaines personnes peuvent présenter des céphalées, des troubles du sommeil ou une sensation de « flottement » durant les premières 24 à 48 heures.
Quito constitue ainsi un excellent point de départ pour une acclimatation progressive avant d’explorer des volcans plus élevés comme le Cotopaxi ou le Chimborazo. Prendre deux ou trois jours pour s’habituer à cette altitude modérée, en variant visites culturelles et repos, permet d’aborder plus sereinement les 4000 à 5000 mètres. Vous envisagez une ascension sportive depuis Quito ? Assurez-vous de respecter les principes de montée progressive et d’avoir déjà passé plusieurs nuits au-dessus de 3000 mètres avant de viser un sommet plus ambitieux.
Vallée sacrée du pérou versus machu picchu (2430m) : différentiels altitudinaux
Au Pérou, la combinaison Cusco – Vallée Sacrée – Machu Picchu présente un enchaînement d’altitudes très contrastées. Cusco se trouve à environ 3400 mètres, alors que le site du Machu Picchu est situé autour de 2430 mètres, soit une altitude intermédiaire plus clémente. La Vallée Sacrée, quant à elle, se situe généralement entre 2800 et 3000 mètres suivant les villages (Pisac, Ollantaytambo, Urubamba). Ce différentiel altitudinal offre une opportunité intéressante pour optimiser votre acclimatation.
Une stratégie fréquemment recommandée consiste à limiter le temps passé à Cusco lors des toutes premières nuits et à privilégier un hébergement dans la Vallée Sacrée, un peu plus basse. Vous pouvez ainsi visiter les sites incas tout en permettant à votre organisme de s’adapter progressivement à la haute altitude, avant de remonter éventuellement à Cusco en fin de séjour. Le Machu Picchu, légèrement plus bas, est souvent mieux toléré, même si l’effort physique des marches et escaliers peut réveiller un essoufflement prononcé. Dans tous les cas, il est judicieux d’éviter d’enchaîner immédiatement un vol d’arrivée à Cusco avec un trek exigeant comme le chemin de l’Inca sans jour de repos préalable.
Prophylaxie médicamenteuse et trousse pharmacologique spécifique
Acétazolamide (diamox) : posologie préventive et mécanisme d’action diurétique
L’acétazolamide (Diamox) est le médicament de référence pour la prévention et le traitement du mal aigu des montagnes léger à modéré. Contrairement à une croyance tenace, il ne masque pas les symptômes mais facilite réellement l’acclimatation. Son mécanisme d’action repose sur l’inhibition de l’anhydrase carbonique, entraînant une légère acidification du sang via une augmentation de l’élimination des bicarbonates dans les urines. Cette acidification stimule le centre respiratoire et augmente la ventilation, améliorant ainsi l’oxygénation.
En prophylaxie, les schémas les plus utilisés chez l’adulte prévoient des doses de 125 à 250 mg deux fois par jour, débutées 24 à 48 heures avant la montée rapide au-dessus de 2500 à 3000 mètres, puis poursuivies pendant deux à trois jours après l’arrivée à la plus haute altitude de couchage. Les effets secondaires les plus fréquents incluent des fourmillements des extrémités, un goût métallique (surtout pour les boissons gazeuses) et une augmentation de la diurèse. L’acétazolamide reste un médicament soumis à prescription : son utilisation doit être discutée avec un médecin, particulièrement en cas d’allergie aux sulfamides ou d’insuffisance rénale.
Dexaméthasone pour traitement d’urgence de l’OCHA
La dexaméthasone est un corticoïde puissant utilisé dans la prise en charge d’urgence de l’œdème cérébral de haute altitude (OCHA) et, dans certains cas, des formes sévères de MAM. Elle agit en réduisant l’œdème cérébral et l’inflammation, ce qui permet de diminuer la pression intracrânienne et d’améliorer transitoirement l’état neurologique. Il s’agit d’un traitement symptomatique de secours : il ne remplace en aucun cas la descente, seule mesure réellement curative.
Les protocoles varient, mais chez l’adulte, des doses de 4 à 8 mg peuvent être administrées par voie orale, intramusculaire ou intraveineuse, puis répétées toutes les 6 heures en contexte d’urgence, toujours dans le cadre d’une stratégie de descente rapide. La dexaméthasone ne doit pas être utilisée en automédication hors avis médical, notamment en raison de ses nombreux effets secondaires potentiels (décompensation d’un diabète, augmentation du risque d’infection, troubles psychiatriques, etc.). En voyage, elle peut être intégrée à une trousse d’altitude pour des expéditions engagées, mais seulement après une consultation préalable et une formation aux indications précises par un professionnel de santé.
Nifédipine et son rôle dans la prévention de l’OPHA
La nifédipine, un inhibiteur calcique utilisé en cardiologie, trouve aussi sa place en médecine de montagne, principalement dans la prévention et le traitement de l’œdème pulmonaire de haute altitude (OPHA), en particulier chez les personnes qui en ont déjà souffert. L’hypoxie entraîne une vasoconstriction des artères pulmonaires ; en réduisant cette vasoconstriction, la nifédipine diminue la pression dans la circulation pulmonaire et limite la fuite de liquide dans les alvéoles.
Les schémas thérapeutiques pour l’OPHA sévère prévoient des doses à libération prolongée, typiquement 30 mg toutes les 12 heures, mais ces protocoles doivent impérativement être définis par un médecin, car la nifédipine peut provoquer une hypotension artérielle, des vertiges et des palpitations. Comme pour la dexaméthasone, il ne s’agit pas d’un médicament à glisser dans sa trousse sans réflexion : son intérêt se discute surtout chez les trekkeurs à haut risque ou les alpinistes ayant des antécédents d’OPHA documentés, dans le cadre d’un plan d’urgence supervisé.
Contre-indications médicales formelles : cardiopathies et insuffisances respiratoires
La haute altitude n’est pas anodine pour tout le monde. Certaines pathologies constituent de véritables contre-indications ou, au minimum, des motifs de prudence extrême. C’est le cas notamment de nombreuses cardiopathies (insuffisance cardiaque, coronaropathie instable, troubles du rythme non contrôlés, hypertension sévère) et des insuffisances respiratoires chroniques (BPCO avancée, fibrose pulmonaire, séquelles de COVID sévère). Chez ces patients, la moindre baisse d’oxygène disponible peut décompenser un équilibre déjà fragile.
Avant de prévoir un voyage à plus de 2500 ou 3000 mètres, toute personne présentant une maladie chronique significative devrait consulter son médecin traitant, voire un spécialiste (cardiologue, pneumologue, médecine du voyage). Des examens complémentaires (épreuve d’effort, gaz du sang, radiographie ou scanner thoracique) peuvent être nécessaires pour évaluer la tolérance potentielle à l’hypoxie. Dans certains cas, la conclusion sera sans appel : mieux vaut renoncer à un séjour prolongé en altitude et se tourner vers une destination moins risquée. Savoir renoncer fait aussi partie d’un voyage responsable.
Hydratation et nutrition adaptées à l’environnement hypoxique
L’environnement hypoxique de la haute altitude modifie profondément les besoins hydriques et énergétiques de l’organisme. L’air est plus froid, plus sec, et la ventilation augmentée entraîne une perte accrue d’eau par les voies respiratoires. Résultat : la déshydratation menace rapidement, même si vous ne transpirez pas visiblement. Viser une consommation quotidienne de 3 à 4 litres de liquide (eau, tisanes, bouillons) est souvent recommandé au-dessus de 3000 mètres, en fractionnant les prises tout au long de la journée plutôt qu’en buvant de grandes quantités d’un coup.
Sur le plan nutritionnel, les efforts en altitude augmentent la dépense énergétique et réduisent parfois l’appétit, surtout en cas de MAM débutant. Privilégier une alimentation riche en glucides complexes (pâtes, riz, pommes de terre, céréales, pain) facilite l’effort prolongé et améliore la tolérance digestive. Les graisses sont plus difficiles à métaboliser en hypoxie, tandis que les protéines doivent être consommées en quantité suffisante pour maintenir la masse musculaire, sans alourdir inutilement la digestion. Les repas légers et fréquents, associant féculents, légumes cuits et un apport modéré en protéines, sont souvent mieux tolérés qu’un plat unique, lourd et copieux.
Deux erreurs fréquentes méritent d’être soulignées : la consommation d’alcool et celle de sédatifs pour « mieux dormir ». L’alcool accentue la déshydratation, perturbe le sommeil profond et aggrave les troubles ventilatoires nocturnes ; il augmente donc le risque et l’intensité du mal des montagnes. De même, les somnifères de la famille des benzodiazépines peuvent déprimer la respiration et sont déconseillés en altitude sans avis médical. Mieux vaut miser sur une bonne hygiène de sommeil (rythme régulier, protection contre le froid, limitation des écrans) et, si besoin, sur des solutions plus douces comme les tisanes relaxantes.
Assurance voyage et infrastructure médicale en zone de montagne
Avant de partir dans un pays de haute altitude, il est essentiel de s’intéresser à un aspect souvent négligé : l’assurance voyage et la qualité de l’infrastructure médicale en zone de montagne. Dans de nombreuses régions andines, himalayennes ou tibétaines, les structures de soins sont éloignées, parfois rudimentaires, et les évacuations médicales complexes. Un hélicoptère de secours ou un transfert vers un hôpital de référence peut représenter un coût très élevé si vous n’êtes pas correctement couvert. Vérifiez que votre contrat mentionne explicitement la prise en charge des activités en altitude et des évacuations au-delà d’un certain seuil (souvent 3000 ou 4000 mètres).
Il est également judicieux de se renseigner sur les dispositifs de secours locaux : présence de postes médicaux en montagne, de chambres hyperbares portatives sur les grands treks, délais moyens d’intervention des équipes de sauvetage. Certaines agences de trek sérieuses disposent d’oxygène d’appoint, de guides formés à la reconnaissance du MAM, de l’OPHA et de l’OCHA, et d’un protocole écrit de gestion des urgences. N’hésitez pas à poser des questions précises avant de réserver : quelle altitude maximale est prévue ? Quel est le plan en cas de mal des montagnes sévère ? Existe-t-il un moyen de redescendre rapidement ?
Enfin, pensez à préparer un dossier médical de voyage synthétique, en anglais si possible, résumant vos antécédents, traitements en cours, allergies et coordonnées de votre médecin traitant. Glissez-y une copie de vos ordonnances, de votre carte de groupe sanguin et de votre contrat d’assurance. En cas de problème sérieux, ces informations feront gagner un temps précieux aux soignants locaux comme aux équipes de secours. Voyager en haute altitude, c’est accepter un environnement plus exigeant ; en anticipant ces aspects logistiques et médicaux, vous mettez toutes les chances de votre côté pour que cette exigence reste une source d’émerveillement, non de complications.